23 octobre 2008
L'homme de pierre (1)
Voici venu le temps de clore le concours. Décidément, mon dessin ne vous inspirait pas, les filles !... Quelques suggestions, des déclarations d'intention, des emploi du temps chargés... Rien au bout du compte. Je me suis donc décidé à l'écrire moi même cette foutue histoire ; et en deux épisodes s'il vous plait ! Mais c'est difficile d'écrire avec un pinceau. J'espère donc beaucoup d'indulgence.
« Les fille c’est VRAIMENT n’importe quoi ! »
Surgi par derrière, je ne sais d’où – moi qui m’espérais anonyme dans ce
quartier ignoré de la capitale ! , Yann avait murmuré, pour être
entendu de moi seule, ce narquois reproche accompagné d’une bourrade et d'une tentative de
pincement de ma fesse gauche qui heureusement bien ferme et bien tendue ne se
laisse pas pincer aussi facilement.
Marchant à mes cotés, me tenant par l’épaule Dave, lui, ne s’était aperçu de rien,
n’avait rien entendu. Toujours si lointain…
- Yann ?…
- Oui, Yann… mon grand frère. Je ne vous ai jamais parlé de lui ?...
- … ?
- Mon compagnon de jeu, plus tard mon confident. Combien de soirées - de nuits ! – avons nous passées à s’interroger sur le sens de la vie, refaire le monde, nous dire nos rêves d’adolescents gâtés – hum, chez nous c’était plus les « Duquesnoy » que les « Groseille ». Evidemment je rencontrerai le grand amour : un homme fort et distingué, qui saurait m’aimer, me comprendre, me protéger tout en respectant mon indépendance. Car je serai une femme libre et autonome, bien sûr ; une Marie Curie, une Simone de Beauvoir ou, pourquoi pas, une infirmière dans un pays exotique, faisant l’abandon de ma précieuse et jolie personne à quelque Docteur Schweitzer voué au soin des lépreux ( à tout prendre je l’imaginais plutôt sous les traits de Robert Redford, ce bon docteur !). Bref une existence riche et édifiante telle que notre milieu et notre éducation soignée nous autorisait à l’espérer.
Invariablement je me heurtais à l’impitoyable ironie de Yann qui
affichait lui un parfait cynisme et, du haut de ses seize ans prétendait tout connaître de la vie : « Arrête de te la
jouer. Tu feras comme les autres. Vous êtes toutes pareilles les
filles !... Pour peu qu’arrive un bel italien avec de beaux yeux et de jolies
dents, vous oubliez vos rêves de jeune-filles et êtes prêtes à succomber
au premier quidam qui vous parlera d’amour. Les filles c’est n’importe
quoi !
Bien sûr, je n’en croyais rien ; je me disais que malgré son jeune âge,
il avait certainement rencontrer une garce qui l’avait souffrir ( sous ses airs
d’affranchi il cachait un cœur d’artichaut ; sûr…) enfin bref que cela ne
m’arriverait jamais. Généralement la discussion se terminait par une bagarre où j'enrageais de ne pas avoir le dessus.
Et voilà qu’il venait de me surprendre dans un quartier où nous n'allions jamais, au bras d’un mâle répondant parfaitement à l’archétype du bel hidalgo tombeur de petites oies blanches, auquel il me disait irrémédiablement destinée … et avec de surcroît des ray-ban.
- Des ray-ban ?
- Ou une autre marque, je ne sais pas… Oui, Dave en porte en permanence ; il ne les enlève jamais. Ça m’énerve, ça fait mauvais genre. Il pourrait me faire confiance... il doit avoir quelque chose aux yeux, une exophtalmie peut-être ? ou un truc comme Polnaref . J’ai essayé de lui en parler ; l’autre jour j’ai même esquissé un mouvement pour les lui ôter. Sans dire un mot, sans geste brusque il m’a fait comprendre que je ne devais pas insister. C’est difficile à expliquer… d’une façon qui ma glacée.
- Comment l’avez-vous rencontré ce Dave ?
- Je ne sais pas, je ne me souviens pas.
- Comment ça vous ne vous souvenez pas !?...
- Non, c’est vrai, je ne me souviens pas. A un moment il a été là, c’est tout. Je sais, ça peut paraître étrange, mais c'est ainsi. Ça se passe toujours comme cela. Je ne le vois jamais, ni ne le sens, arriver : d’un seul coup il est là... et moi je n’y suis plus.
- … ?
- Je veux dire… je ne suis plus moi-même. Ma belle éducation,
mes grands principes, plus rien n’existe ; seulement un besoin animal
d’être possédée par lui. Moi si prude je me surprends
... Je vais vous choquer Mon Père…
- Pardon ?…
- Oh, excusez moi, je voulais dire « Docteur » ; enfin je ne sais pas comment je dois vous appeler…
- …
- oui j’ai honte. Figurez vous que je suis comme fascinée par la
contemplation de son … je ne sais pas comment dire ça, enfin de sa
braguette. Ou plus précisément de ce qu’on appelle vulgairement son « gros
paquet ». 
Il porte habituellement un blazer bleu marine, sur un jean, un genre 501. Je n’arrive pas à en détacher mon regard du renflement de sa braguette et…
- … ?
- je sais que c’est incroyable, mais je n’en ai jamais vraiment vu, enfin je veux dire : un homme nu. Ça me paraît quelque chose de terrifiant mais aussi irrésistiblement attirant.
- Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?…
- …
- le Vatican.
- !? …
- enfin je veux dire, le voyage à Rome que nous avions fait
après le brevet… avec les sœurs… nous visitions le Vatican. J’étais tombé en
arrêt devant cette statue colossale… David.
J’entends encore les gloussements
de mes copines, et Sœur Marie-Machin prenant l’air détaché de la bonne
pédagogue - et pourtant bien fébrile : « Allons mes filles, vous êtes
grandes maintenant ; ne vous comportez pas comme des gamines… c’est de
l’art voyons, Michel Ange était un
génie ; admirez ce modelé. Elle semblait beaucoup l’admirer « ce
modelé » Sœur Marie-Machin, et pas
trop pressée tout de mêle de passer à la salle suivante. Et les filles pas
dupes, de la taquiner : « Il faut continuer la visite, ma sœur, nous
allons être en retard pour les vêpres » Pour moi l’impression était si
grande que traînant en queue du groupe, je me laissai distancer et revenait
m’abîmer dans la contemplation de la statue, en proie à d’étranges pensées qui
devaient alimenter pour longtemps mes rêves éveillés, des rêves ou le roi David
m’ayant reconnue comme son élue, descendait de son socle et s’incarnait à mon usage exclusif. C’est au
retour de Rome que je commençais à me caresser avec assiduité , et …
- Nous allons nous arrêter là pour aujourd'hui...
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